27 juin 2006
Un voyage bouleversant,
Voila que je m’apprête à aller à Kinshasa, une ville que je n’ai pas vu depuis 1999, tout est là, les documents de voyage, crème anti-moustiques, médicaments anti-diarrhéiques, du tylénol. Je suis si contente de revoir cette Afrique qui m’a manqué et que j’appelle mon Afrique à moi.
Dans l’avion SN Bruxelles, à travers la télévision une carte s’affiche, on est en train de traverser l’Algérie, je ne quitte pas des yeux cette carte de l’Algérie qui nous introduit au continent de l’Afrique, nous voila sur Tamanrasset, le désert, le sable et puis je m’endors , excitée de revoir KIN, Escale à Douala, un atterrissage magnifique! nous voila entourés d’arbres géants, verdure extravagante, des arbres de toute beauté, après 50 minutes d’escales, nous décollons avec un coucher de soleil extraordinaire, si beau, si intense. Je regarde à travers le hublot, je suis ébahie par un spectacle sublime: l’océan qui s’entrelace entre la forêt, formant par si et la, tantôt des lagunes, tantôt des lacunes, est-ce, la mer au milieu de la foret? je ne sais pas? le pilote s’exclame en disant « WAOW! »
Oui! j’aimerais crier à travers le hublot! sauter! Chanter! taper du tamtam! Danser! pour lui dire, je suis la! je suis revenue mon Afrique, comme tu es belle et ce coucher du soleil rouge, bleu, vert, ocre, est-ce un arc en ciel? non , c’est le coucher du soleil en Afrique, ai-je oublié?
La nuit tombe, traversée de Brazzaville et atterrissage à l’aéroport de Njili (aéroport de Kinshasa) j’ai envie d’embrasser le sol, mais je ne peux pas, voyons!
Il fait chaud, cette chaleur moite qui vous colle à la peau. Nous sommes maintenant dans le salon d’honneur, beaucoup de monde (ministres, conseillers, etc.) ils voyagent, l’agent à l’entrée s’empresse de prendre nos passeports pour les tamponner et se propose d’aller récupérer nos bagages (c’est le protocole). Coupure d’électricité dans le salon, je m’éclaire avec mon portable, l’électricité revient , des jeunes filles élégantes, habillées en pagne (tenue traditionnelle) viennent me proposer un « sucré » coca cola.
Nos bagages en main, direction l’Intercontinental, il fait nuit, le chauffeur va tellement vite, je lui pose la question pourquoi va-t-il si vite? Il me répond que c’est à cause de l’insécurité.
Nous arrivons à l’hôtel, le temps de manger un morceau de prendre sa douche et de s’affaler de fatigue!
Le matin, je veux voire la belle famille, les amis , les nièces, à qui j’ai ramené de petits cadeaux de Dollarama, des cahiers, crayons, petites radios, portes-clés au drapeau canadien.
Je suis tellement excitée de revoir ma belle famille, nous voilà dans Kinshasa! Mais quelque chose attire mon attention, à la sortie de l’hôtel, plusieurs personnes se précipitent pour nous ouvrir la porte, tout le monde veut nous ouvrir la portière de la voiture, mais bon, c’est peut être la qualité du service qui est très bonne, il ne faut pas oublier que c’est l’Intercontinental. Bon, me voila au coeur de Kinshasa, du monde, beaucoup de jeunes qui marchent, ou sont assis, en train de vaquer à leur occupation, me dis-je?
Soudain, des images vraies? un spectacle que je n’ose pas croire, la pauvreté dans toute ses états, je regarde, je ne quitte pas des yeux cette pauvreté qui me nargue, les gens sont maigres, les pommettes saillantes, les yeux creux, ils sont là, les mains ouvertes en attente d’un morceau de pain, je regarde, je ne veux pas, non! mais c’est la réalité qui vous frappe! la saleté partout, des baraques, des taudis à perte de vue, la chaleur m’agace et la honte me tourmente, je suis Africaine! Je tourne dans tout les sens, je regarde autour de moi, je suis dans un rêve? La poussière, les vieilles voitures, des minibus bondés de passagers, ils sont accrochés aux portières, des vieux camions venant des villages avoisinants et chargés de marchandises, pleins de marchandises, des dômes de sacs de farine de mais, des jerricanes d’huile de palme, avec des passagers assis dessus.
La circulation est chaotique, la pollution m’étouffe, beaucoup de gens qui marchent pour aller ou? je demande, on me répond : faute de transport, ils regagnent à pied leurs maisons. La misère dans son immensité. Le commerce informel au bord des rues, tout au lent des rues, des mamans (des dames en langage local) vendent des beignets, de la farine de manioc, des légumes, des fruits, du pain qu’elles ont préparé. la foule partout, me donne le vertige, beaucoup de circulation sur une route presque inexistante, des trous (nid de poules) à perte de vue, les voitures pour éviter les trous se frôlent, se cognent, se klaxonnent. Kinshasa c’est immense, pour arriver d’un point à un autre on pourrait faire 50 minutes, j’aperçois des noms sur les murs comme église de maman telle, église de réveil, église des derniers jours, dans des hangars de fortune, des gens, des adeptes beaucoup tapent des mains et chantent « Jésus notre sauveur... » depuis qu’on a quitté l’hôtel, je n’ai pas vu une seule maison, mais que des taudis avec des toits en tôle, ça sent les fritures mélangées à des odeurs de tuyau d’échappement, j’ai le souffle coupé, une odeur nauséabonde qui est à l’origine de manque d’égouts, je ferme la vitre, de loin j’aperçois un immeuble fait de briques, il est ouvert, innachevé, on me dit que des gens y habitent, il n’y a pas de toilettes dans cet immeuble là, en bas dans la rue, des petits enfants se lavent, nus, un robinet ouvert qui coule, des femmes lavent leur linge , d’autres remplissent leur saut, tout ceci au milieu de détritus, au loin j’aperçois un jeune homme venir vers moi avec un gros sac sur la tete, j’entend : « OPI! OPI! OPI! » c’est un vendeur « d’eau pure! »
Tout au lent du chemin au coin des rues, se trouve des semblants de bars, restaurants, avec de grandes affiches publicitaires vantant la bière locale au nom de « PRIMUS, SKOLL » de la musique congolaise (de la très belle musique rythmée) , des jeunes dansent, ils dansent le dombolo, avec un verre de bière dans la main, ils ne pleurent pas non, ils rient, je voudrais aller vers eux, leur parler, les connaître, je suis dans la voiture, j’ai le coeur serré, je ressens du mépris envers moi-même, une sensation terrible! J’ai l’habitude de parler beaucoup, mais je suis devenue subitement silencieuse...
Ma belle famille et les amis sont contents de voir leur fils, leur ami, et moi la belle fille, je m’exclame de voir les neveux et les nièces si grands, certains ont fini en médecine d’autres en droit, J’ai des questions beaucoup de questions, je fais même des reproches, mais! Kinshasa ce n’est pas possible! comment, je ne comprend pas? Les neveux m’écoutent tête baissée, me regardent et ils me font un sourire du coin de la bouche.
Retour à l’hôtel, et le lendemain même paysage de misère et de pauvreté, mais au beau milieu de ces taudis, des stations d’essence impeccables (COBIL, ELF, TOTAL) avec pelouses et personnel en uniforme, des immeubles aux vitres teintées de compagnie de téléphone cellulaire tel que (TELCEL, VODACOM), des comptoirs diamants « chez MOHAMED » un contraste qui vous remet tout de suite à la réalité, je ne pensais pas que mon Afrique à moi, allait descendre aussi bas, je dirais même que c’est une véritable chute libre, la population souffre, les gens, femmes, enfants, vieillards, nourrissons ont faim, n’ont pas les soins nécessaires et pour oublier leur misère, les familles entières s’ennivrent dans des bouteilles de bières, ou de prières dans des églises nouvelles, oui prions, il faut prier, mais il n’est pas dit de prier toute la journée et vider son maigre portefeuille, ce n’est pas normal.
La RDC un pays si riche, on le qualifie de scandale géologique, des mines de Cobalt, de Coltan, de diamants, des barrages d’eau reconnus (mais il se trouve qu’il y a des coupures d’électricité et d’eau) le fleuve Congo (un des fleuves les plus puissants et les plus grands au monde ) le sol au Congo est parfois sablonneux, parfois de couleur rouge (ferrugineux) vous n’avez pas besoin d’engrais pour faire pousser votre culture, le sol est complet, les rivières telles que le Kwango et le Kwilo ont une couleur jaune, j’ai posé la question « pourquoi une telle couleur » on m’avait répondu que c’était grâce à l’or qui s’y trouve dans les profondeurs. un pays riche sur tout les domaines, parmi les plus grands scientifiques, chercheurs, linguistes, chirurgiens , écrivains philosophes, se trouvent etre des congolais qui sont aujourd’hui à l’extérieur du pays, quelques part en Europe, Amérique...
Nous voila maintenant à la fin du séjour, je ne veux pas quitter Kinshasa, l’Afrique, je vais l’abandonner encore? J’ai la gorge serrée, je ne le montre pas, tout ces gens dans la rue, dans le marché, autour de moi, maigres, me sourient, m’appellent: « EH MUNDÉLÉ VIENT ME DIRE BONJOUR? » : HÉ LA BLANCHE VIENT ME DIRE BONJOUR? Je suis en colère, j’ai envie de leur répondre, de leur dire: « je suis africaine! » Je me ressaisis.
Je veux rester, de quel droit retournerai-je dans mon nid douillet à Genève? De quel droit? Une insulte pour moi, je voudrai hurler à toute l’humanité entière, pourquoi? Rendez leur leurs biens? Ou bien prenez un peu, mais laissez les vivre, manger à leur faim et jouir de leur indépendance, j’ai envie de m’agenouiller à terre, de regarder le ciel ombrageux (saison sèche) et de crier à Allah, Bouddha, Jésus, à tous! pourquoi Seigneur, pourquoi? Ne voyez vous pas que c’est assez?
Une paire de claque que je n’ai jamais reçu de toute ma vie...
Me voila assise dans l’avion, on s’apprête à décoller, je ne veux pas qu’on me voit, j’ai le visage collé sur le hublot, il fait nuit, jai la gorge serrée, je ne parle pas, j’ai dit au revoir à Kinshasa malgré moi, l’avion décolle, je n’arrive plus, j’éclate en sanglots.
Voici un petit mot que j’ai écrit durant les premières heures du vol, nous survolons maintenant Tamanrasset, des lumières par ci et la, beaucoup, ce sont des puits de pétrole de la SONATRACH, avec des casernes américaines et françaises; je m’endors fatiguée, épuisée, des larmes chaudes me caressent le visage...
Dans les airs, quelque part entre Kinshasa et Douala, le, 24 juin 2006.
Kinshasa! Voila que je te quitte, dans ta poussière, tes carcasses, ta misère, ta pauvreté, mais tu es là, debout.
Kinshasa je te pleure, je te pleure les larmes de mon coeur, mes yeux me brûlent, l’injustice me brûle, ces larmes vont sensibiliser qui? Je te pleure en silence, qui va écouter?
Tu ressembles à cette belle femme debout, mais vêtue de haillons, peuple courageux, peuple citoyen, patient qui connaît la misère et la famine de tout les jours, mais assis sur une terre si riche! Ce peuple ne voit-il rien? Est-il aveugle?est-il ignorant? Kinshasa ton peuple prie beaucoup, tellement, qu’il essaie d’oublier sa faim, Kinshasa affamée, j’ai vu des yeux brillants, étincelants, pommettes creuses, mains ouvertes, ton peuple souffre la misère, les maladies, les épidémies, réveille toi! Regarde! le soleil est là, il te fait la cour, tu es toute parée de ces bijoux aux couleurs de manguiers, papayers, bananiers; les papillons aux milles couleurs viennent te caresser, ton vent si chaud me frôle, m’embête, il me fait oublier mes larmes!
Kinshasa mon amour, le coeur de mon Afrique, voila que mes larmes sont sèches, dois-je croire à un miracle? à un espoir, je te vois de loin, très loin, parée de tes plus belles routes, je ne t’ai jamais vu ainsi, des usines? Des zones industrielles? Des écoles? Des instituts? Des universités? Des hôpitaux? Des logements décents? Je rêve? Non, ce n’est pas un rêve!, non ce n’est pas un rêve, mais je te vois ? si! Je te vois, telle cette déesse qu’on jalouse, puissante on te respecte, Kinshasa dans mon Afrique, vous me manquez déjà...